L'embase et l'inverseur : comment on passe en marche avant ou arrière
Dans l'embase, l'arbre vertical se termine par un petit pignon d'attaque qui entraîne deux pignons placés face à face sur l'arbre d'hélice. Ces deux pignons tournent en permanence, en sens inverse l'un de l'autre, sans entraîner l'hélice. Une pièce coulissante, le crabot, vient s'accrocher à l'un ou à l'autre : c'est ce qui choisit la marche avant ou la marche arrière. Au milieu, rien n'est accroché : c'est le point mort.
Tu pousses le levier de l'inverseur, un petit « clonk » se fait entendre et le bateau part en avant. Tu le tires, et le bateau recule. Que se passe-t-il, là-dessous, dans cette petite torpille immergée ? Un mécanisme malin, que tu vas comprendre en quelques minutes.
Le problème à résoudre : tourner d'un quart de tour
L'arbre de transmission descend verticalement. L'hélice, elle, tourne sur un axe horizontal. Il faut donc renvoyer la rotation à angle droit. C'est le rôle des pignons d'angle : des roues dentées taillées en cône, qui s'engrènent à 90°. Tu en as un exemple dans une chignole, la perceuse à manivelle d'autrefois : tu tournes la manivelle dans un sens, la mèche tourne dans l'autre axe.
Les pièces de l'inverseur
- Le pignon d'attaque : un petit pignon conique fixé au bas de l'arbre vertical. Il tourne avec le moteur.
- Deux grands pignons, l'un devant, l'autre derrière, montés face à face sur l'arbre d'hélice. Ils sont tous les deux engrenés avec le pignon d'attaque.
- L'arbre d'hélice : l'axe horizontal qui porte l'hélice à son extrémité.
- Le crabot : une bague munie de dents sur ses deux faces, qui coulisse sur l'arbre d'hélice, entre les deux grands pignons.
L'astuce : deux pignons qui tournent en sens inverse
Le pignon d'attaque attaque un grand pignon par sa face avant, et l'autre par sa face arrière. Résultat : les deux grands pignons tournent en sens opposé. Place deux assiettes face à face et fais tourner un crayon entre elles, en les touchant : elles tournent chacune dans un sens différent.
Point essentiel : ces deux pignons tournent librement sur l'arbre d'hélice, sans l'entraîner. Tant que rien ne les relie à cet arbre, l'hélice ne bouge pas, même moteur en marche.
Le crabot : celui qui choisit
Le crabot, lui, est solidaire de l'arbre d'hélice grâce à des cannelures : s'il tourne, l'hélice tourne. Quand tu actionnes le levier d'inverseur, la tige d'inverseur qui descend dans le fût pousse ou tire le crabot :
Marche avant
Le crabot glisse vers le pignon de marche avant, ses dents s'accrochent dans celles du pignon. L'arbre d'hélice tourne avec lui : le bateau avance.
Point mort
Le crabot reste au milieu, sans toucher aucun pignon. Les pignons tournent dans le vide, l'hélice est libre et immobile.
Marche arrière
Le crabot glisse vers l'autre pignon, qui tourne en sens inverse. L'hélice tourne à l'envers : le bateau recule.
Le « clonk » que tu entends à chaque changement de vitesse, c'est le crabot qui s'accroche au pignon.
Pourquoi on passe les vitesses au ralenti
Le crabot ne fonctionne pas comme l'embrayage d'une voiture : il n'y a aucun patinage progressif. Ses dents s'accrochent d'un coup dans celles d'un pignon qui tourne déjà. Au ralenti, le choc est faible. Moteur accéléré, les dents se percutent violemment, s'arrondissent et finissent par ne plus tenir : la vitesse saute toute seule.
D'où les deux règles de l'inverseur : toujours au ralenti, et d'un geste franc. Un geste hésitant laisse les dents se frotter sans s'accrocher, ce qui les use tout autant.
La démultiplication
Le pignon d'attaque a moins de dents que les grands pignons. À chaque tour de l'arbre vertical, l'hélice fait donc moins d'un tour. Sur beaucoup de moteurs, le rapport est d'environ 2 pour 1 : l'hélice tourne deux fois moins vite que le moteur, mais avec deux fois plus de force. C'est ce qui lui permet de « mordre » l'eau efficacement.
L'huile d'embase et l'étanchéité
Tous ces engrenages baignent dans une huile épaisse, l'huile d'embase. Des joints placés autour de l'arbre d'hélice et de l'arbre vertical empêchent l'eau d'entrer et l'huile de sortir.
L'embase possède deux vis : une en bas pour vidanger, une plus haut pour l'aération et le remplissage. À la vidange, observe l'huile qui sort :
- Huile claire ou ambrée : tout va bien.
- Huile laiteuse : de l'eau est entrée, un joint est à remplacer rapidement, avant que les engrenages ne rouillent.
- Paillettes métalliques : les engrenages s'usent anormalement.
Le piège du fil de pêche. Un fil de nylon enroulé autour de l'arbre d'hélice peut se glisser derrière l'hélice et entailler le joint. Si tu pêches depuis ton annexe, jette un œil derrière l'hélice de temps en temps.
En résumé
- Des pignons d'angle renvoient la rotation de l'arbre vertical vers l'arbre d'hélice.
- Deux pignons tournent en sens inverse, librement ; le crabot choisit lequel entraîne l'hélice.
- On passe les vitesses au ralenti et franchement.
- L'embase a sa propre huile, dont l'aspect révèle l'état des joints.
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